APR ou mercenaire ? La zone grise de la protection rapprochée

APR ou mercenaire ? La zone grise de la protection rapprochée. Des missions dans des pays exotiques, des armes de gros calibres, et surtout, surtout – de gros salaires. Ils en rêvent tous et se retrouvent pour beaucoup sur le carreau, arnaqués par des formations sans débouchés ou des contrats louches qui endommagent leur réputation et les « grillent » dans le milieu.

Le marché de la sécurité représente aujourd’hui environ 5,3 milliards d’euros pour la France seule. Il ne cesse de progresser à mesure que certains verrous légaux se défont. Ce fut le cas par exemple dans la sécurité maritime, quand en juin 2014 les autorités françaises ont autorisé les armateurs à avoir recours aux services des sociétés de sécurité privées.

Parallèlement, les modes de l’outdoor et du survivalisme ont explosé, d’abord aux Etats-Unis, puis partout dans le monde. Ils multiplièrent l’offre de stages plus ou moins professionnalisants pour mercenaire.  Magazines, blogs, films… le paramilitaire qui « sent bon le sable chaud » a remplacé le légionnaire d’antan dans les fantasmes. Parallèlement, l’éparpillement des conflits de l’ère post-soviétique a créé un appel d’air pour les « aventures armées » plus ou moins légales, et plus ou moins moralement justifiables.

Une explosion de la demande.

Résultat, les entreprises privées de sécurité et de défense ont connu un essor frappant. Mais la législation française n’a pas suivi le rythme. En France traditionnellement, la Sécurité et la Défense sont des domaines régaliens. Elles sont directement sous les ordres de l’Etat. Le milieu a pris par conséquent du retard dans sa structuration – reconnaissance des diplômes, officialisation des fonctions et des progressions de carrière – et le flou s’est installé. En somme, lma porte ouverte au mercenaire.

Pas chez nous. À Carcassonne, dans notre centre de formation APR de France, nos stagiaires apprennent le métier d’Agent de Protection Rapprochée. Nous ne les formons pas pour devenir paramilitaires, « chiens de guerre », mercenaires ou « soldiers of fortune ». Cela n’empêchera pas certains de travailler régulièrement en zone dégradée pour une clientèle hautement menacée. D’autres, issus de l’armée, se spécialiseront parfois dans les zones de guerre. Mais où qu’ils servent, leur métier est la protection rapprochée. Pas l’assaut, pas l’attaque. C’est ce qui fait la différence capitale entre notre métier et toute la zone grise du monde obscur des contractors. Cela distingue non seulement nos buts, mais également nos méthodes.

Le mercenariat.

Rappelons aussi que le mercenariat est strictement interdit en France. Quand l’Assemblée Nationale a voté à l’unanimité la loi de répression de l’activité de mercenariat du 3 avril 2003, le ministre de la Défense de l’époque l’a clairement dit. « La France pourra s’honorer d’être le pays occidental doté de la législation la plus rigoureuse en ce domaine. » (1) Bien entendu, nombreux sont ceux qui parviennent à développer leurs activités – notamment en Afrique – malgré ces restrictions.

Aujourd’hui, dans les zones de conflit, un combattant sur deux est un contractor. C’est-à-dire un homme formé aux métiers de la guerre, travaillant sous contrat avec une société privée dont le service est de faire la guerre, elle-même en général en sous-traitance avec un État. Ce business de la guerre intègre parfois des services de protection rapprochée. Mais cela reste négligeable par rapport au cœur de métier de ces sociétés : la destruction, la neutralisation…

Le war business flamboyant.

La loi du 3 avril 2003 ne doit cependant pas être prise à la légère. Ni elle ni les peines lourdes de prison et les amendes conséquentes dont sont menacés, et qu’ont effectivement payés, certains mercenaires. La France fait du zèle, certes, et elle ne pourra pas résister très longtemps au magnifique potentiel (et aux retombées fiscales…) que représente cette industrie. Mais à l’échelle internationale, le contexte reste tout aussi fragile.

La Convention de Genève par exemple, dont le but est de réguler les opérations militaires pour y apporter un peu plus de justice. Elle n’est pas tendre avec les mercenaires, qu’elle dénie d’un des principes fondamentaux du droit international : celui du statut de prisonnier de guerre. Ainsi, pour les 167 pays ayant ratifié cette Convention, le mercenaire ne bénéficie d’aucune des protections légales de base qui régissent pourtant (même si ce n’est parfois que théorique)  les conflits les plus sévères des six continents.

Une raison de plus, s’il en fallait encore, pour ne pas se tromper de vocation…

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– Publié par EEPR (Yannick CAYET), le 11 novembre 2015

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Sources :

  • https://www.monde-diplomatique.fr/2004/11/VIGNAUX/11674
2018-10-07T14:20:24+00:00novembre 11th, 2015|Articles|0 Comments

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