La routine, pire ennemi du garde du corps

C’est probablement l’effet le plus pervers des films hollywoodiens. Ils sont pourtant les meilleurs recruteurs pour la Police, l’Armée et la Sécurité Privée. Cette impression que les métiers d’action se vivent à un rythme toujours effréné. On condense en moins de deux heures la dose d’action que la plupart ne vivront que dans toute une vie… ou pas du tout. La protection rapprochée est-elle donc un métier de routine ?

Dans la Protection Rapprochée d’ailleurs, contrairement à bon nombre de clichés, le cœur de notre métier est l’évitement de l’action. Pour protéger, et bien protéger, nous devons anticiper les situations dangereuses. Nous devons éviter de laisser notre Principal risquer une atteinte à son intégrité physique et mentale. Ne nous leurrons pas cependant : le « risque zéro » n’existe pas. Le Principal exige parfois, s’il est une personnalité publique, de se « se montrer ». Il demande de pouvoir évoluer dans des dispositifs problématiques d’un point de vue sécurité. Dans notre école APR de France, nous insistons particulièrement sur l’importance de replacer notre art de la protection dans l’anticipation. Mais nous n’oublions pas que nous formons avant tout des hommes et des femmes d’action, prêts pour le moment M.

Action physique et intellectuelle

Choisir un métier d’action, loin du cliché « gros bras, petite tête », c’est avoir le goût de l’action – physique mais aussi intellectuelle – rapide. L’évaluation rapide d’une situation, la prise de décision rapide, l’exécution rapide de sa décision. Savoir travailler dans l’action rapide, c’est avoir un bon mélange de compétences psychocorporelles. « Etre bien câblé » entre son cerveau et son corps pour pouvoir s’ordonner à soi-même des gestes précis dans un laps de temps très court et garder la tête claire et toute sa lucidité sous la pression d’un stress parfois intense. Innées ou acquises (idéalement les deux), ces compétences se travaillent au quotidien pour être prêt, toujours.

Sauf que le quotidien prend souvent le dessus, et avec lui la routine, pire ennemi des métiers de la sécurité. Des missions trop tranquilles, dans des dispositifs un peu trop confortables, avec des menaces trop lointaines et trop théoriques. Très vite l’attention se relâche et les mesures de précaution se vident de sens puis se négligent. Et certains agents peuvent ainsi s’enfoncer, d’année en année, dans une routine de travail délétère et perdre toute capacité – innée comme acquise – à réagir dans l’action.

Stress et routine

La routine, en tant que tendance à automatiser intellectuellement le répétitif et/ou le négligeable, est pourtant, à l’instar du stress, une faculté initialement positive pour survivre. Le stress permet une mise en éveil optimale de tous les sens afin de réagir au danger. L’état d’esprit automatisé est une simplification intellectuelle et psychomotrice permettant de focaliser sa concentration sur ce qui mérite vraiment toute l’attention. C’est pourquoi nous respirons « par routine » car ce serait une perte de temps que de penser volontairement et en toute conscience à inspirer et expirer presque une vingtaine de fois par minute.

Comme pour le stress, c’est l’abus de ce mécanisme d’automatisation qui devient toxique, quand, au lieu de simplifier le quotidien. Il mène à perdre toute attention. Quand, au lieu de dégager « du temps de cerveau libre » pour ce qui compte vraiment, il mène à assoupir ce même cerveau. Mais comment lutter au quotidien contre ce fléau ? Quand tant de missions de Protection Rapprochée impliquent des heures d’attente pénibles devant une porte devant laquelle personne ne passe… Ou quand le Principal est peu menacé et qu’on se sent bien plus « en mode promenade » qu’en réel accompagnement de sécurité ?

Formez vous !

La réponse est évidente, mais elle est coûteuse en temps, en énergie et en argent : c’est par la formation continue. Dans la sécurité privée, contrairement aux forces militaires et de police, l’entraînement est rare. On est loin du rythme à trois temps continuellement répété qui devrait être la norme des métiers d’action : entraînement – opération – repos. Pour nos agents, dont la carrière se mène essentiellement sur le duo opération-repos, ces périodes de remise en question des acquis et de saine compétition entre stagiaires que constituent les bons entraînements sont bien trop rares.

Elle est quasi inexistante chez les employeurs et difficile à mettre en œuvre par les agents eux-mêmes car ils sont limités en temps et en budget. La formation continue reste pourtant l’outil d’excellence pour casser la routine intellectuelle, psychologique et psychomotrice d’une carrière en Protection Rapprochée. Le législateur français a pris conscience du problème. En effet, un recyclage va désormais devenir obligatoire pour le renouvellement de la carte professionnelle. Mais la profession entière, de l’employeur aux organismes de formation, doit se mobiliser pour intensifier ce nivellement par le haut. La qualité de nos agents, la valeur de notre profession et notre place dans la sécurité globale en sont directement liés.

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– Publié par EEPR (Yannick CAYET), le 11 mai 2016

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2018-10-06T23:54:48+00:00mai 11th, 2016|Articles|0 Comments

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